Au Musée Sainte-Croix à Poitiers, la rétrospective Sarah Lipska consacre la réhabilitation d'une figure majeure de l'avant-garde
Il y a des expositions qui bousculent et redessinent les contours de l'histoire de l'art. La rétrospective que le Musée Sainte-Croix de Poitiers consacre à Sarah Lipska (1882-1973), labellisée « Exposition d'intérêt national » par le Ministère de la Culture, met à l'honneur un matrimoine injustement oublié : celui d’une créatrice aux talents multiples. En réunissant plus d’une centaine d’œuvres, l'exposition offre une immersion au cœur du travail d'une artiste singulière, œuvrant à la fois comme sculptrice, peintre, styliste et décoratrice d’intérieur.
Née en 1882 à Mława en Pologne, Sarah Lipska étudie à la très réputée École des Beaux-Arts de Varsovie, où elle intègre la classe de sculpture de Xawery Dunikowski. Elle s’installe en France en 1912 et rejoint l'ébullition intellectuelle de l'École de Paris.
Son parcours, jalonné de complicités artistiques, révèle un désir constant d’autonomie. L'exposition permet ainsi de mesurer toute l'audace dont elle a fait preuve en concevant les costumes et décors de divers Ballets Russes pour Serge de Diaghilev, dialoguant ainsi directement avec les recherches théâtrales de l'avant-garde. J'ai été particulièrement émerveillée par ses représentations d'oiseaux, dont la contemplation détaillée fut un pur plaisir. En parallèle, elle dessine des bijoux, des flacons de parfum et des accessoires de luxe pour Helena Rubinstein, faisant de la Haute-Couture un espace de création ouvert à une foule de matériaux variés.
Sculpture, dessin, création textile ou architecture d'intérieur : tous les aspects du travail de Sarah Lipska sont magistralement mis en valeur par une scénographie jouant avec la lumière pour révéler sa force créative. À travers cette rétrospective lumineuse retraçant les décennies 1910 à 1950, le Musée Sainte-Croix réhabilite une figure éminente de la modernité. Un parcours limpide et édifiant qui contribue pleinement à redonner aux femmes artistes la place qu'elles méritent dans l'histoire de l’art.